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Faut-il encore apprendre à écrire ?

Aujourd’hui, tout le monde travaille sur ordinateur. À part pour faire votre liste de courses, quand avez-vous pris pour la dernière fois votre plus belle plume pour rédiger ne serait-ce qu’un petit mot ?

Vous vous demandez donc s’il y a encore un intérêt à apprendre à écrire à la main à vos enfants. C’est en effet une question légitime. D’autant plus si cet apprentissage vous semble tellement laborieux que vous préféreriez rapidement abandonner.

Actuellement, les neurosciences tentent d’étudier quel type d’écriture aurait l’avantage et serait plus bénéfique pour le développement de notre cerveau.

Je ne suis pas neuroscientifique. Je ne me prononcerai donc pas sur des résultats d’études.

Ce que je sais en revanche, c’est que notre cerveau réagit aux sollicitations. Il me semble qu’appuyer sur une touche ne peut pas avoir le même impact sur notre cerveau que le fait de tracer des lettres de différentes tailles et de différentes formes. Évident n’est-ce pas ?

Vous pensez peut-être que votre enfant ne se servira que très peu de l’écriture manuscrite ; c’est peut-être vrai mais la technologie n’est pas une sinécure. Quel que soit notre avenir, il faudra au minimum que chacun puisse transmettre un message déchiffrable sur un post-it… Il est donc toujours utile d’apprendre à écrire même si cette utilité peut nous sembler quelque peu accessoire.

Lorsqu’on apprend à lire à un enfant, on lui apprend (en théorie) à écrire en même temps ; on lui fait tracer les lettres dans le sable en même temps qu’il en prononce le son ; c’est ce que l’on nomme la mémoire kinesthésique, la mémoire du mouvement : le fait de tracer les lettres permet de les retenir avec son corps. Cette mémoire est encore très utile au collège puisque, la plupart du temps, les élèves n’ont pas encore acquis complètement l’orthographe et la grammaire.

Si vous cherchez l’orthographe d’un mot, à savoir par exemple s’il comporte une ou deux consonnes, vous l’écrivez sur un coin de feuille et il est rare que votre mémoire visuelle vous trompe : vous visualisez quelle est l’orthographe correcte mais si vous tentez de faire la même chose sur un ordinateur, vous verrez que la solution vous paraîtra bien moins évidente.

Enfin, l’écriture manuscrite demande des compétences motrices beaucoup plus fines ; alors qu’un enfant de deux ans peut appuyer sur les touches du clavier, il faut pour l’écriture manuscrite, pouvoir tenir son crayon et le diriger entre les lignes du cahier, ce qui demande une vigilance et une concentration exceptionnelles.

Oui… mais… mon enfant est dysgraphique

Si vous avez lu le paragraphe précédent, vous comprendrez que la dysgraphie n’est pas la cause de la mauvaise écriture de votre enfant mais plutôt la conséquence d’un apprentissage défaillant. Si vous acceptez que votre enfant bénéficie en classe d’un ordinateur, vous lui retirez toutes ses chances d’apprendre à écrire mais aussi de maîtriser l’orthographe. Même s’il est plus facile d’apprendre l’écriture dans nos jeunes années ; il n’est jamais trop tard pour apprendre à écrire correctement car l’entraînement va permettre de créer dans le cerveau de nouvelles connexions.

Je vous donne quelques conseils dans cet autre article.

Il ne faut donc pas prendre les exercices de copie comme un pensum inutile mais comme un moyen d’apprentissage au même titre qu’un exercice de grammaire : les textes à trous dans lesquels il ne faut remplir que les terminaisons des mots, s’ils peuvent sembler pertinents car ils ne se concentrent que sur une seule difficulté, n’ont aucun intérêt orthographique car le jour où il faudra réinvestir cette leçon, l’élève sera bien incapable d’écrire correctement les mots dont il a besoin (et il y a finalement peu de chances qu’il écrive correctement les terminaisons car l’apprentissage aura été dépossédé de son contexte).

Cursive ou scripte ?

Certains soutiennent que l’écriture scripte est plus facile à apprendre, demande moins d’effort. J’ai moi-même appris à écrire en cursive et écrire en script me demande plus de temps mais aussi quelques efforts.

L’écriture scripte est adaptée à l’ordinateur qui reproduit des lettres standardisées tout à fait lisibles. Mais lorsque vous lisez le texte d’un enfant écrit en script, il est possible que vous discerniez difficilement les coupures entre les mots : puisque les lettres ne sont pas collées, il faut trouver le juste espace entre les mots ; de plus, certaines lettres posent problème ; tout d’abord les fameuses « b, d, p, q » dont la graphie est trop proche pour être appréhendée facilement. De même, le nombre de ponts du « n » et du « m » n’est jamais le même , le « l » ressemble à un « i » ou un « t ». Cette écriture, lorsqu’elle est créée par la main humaine, demande des efforts importants au scripteur pour la rendre lisible et demande de la même façon des efforts au lecteur pour la déchiffrer.

Même si elle peut sembler plus simple à apprendre au premier abord car elle demande moins d’agilité, elle va en réalité nous compliquer la vie.

Certains adeptes soutiendront qu’en laissant de côté l’écriture cursive, on gagnerait du temps pour « d’autres apprentissages » mais l’écriture cursive participe de tellement d’apprentissages que c’est au contraire un gain de temps énorme : elle demande concentration et application, elle demande une anticipation pour lier les lettres entre elles et faire qu’elles tiennent dans la longueur de la ligne. Lorsqu’elle est acquise, l’écriture cursive permet en réalité de gagner du temps car il est bien plus rapide de lier les lettres que de les séparer. Il est nécessaire de réfléchir à l’orthographe du mot avant de l’écrire en cursive.

Beaucoup d’efforts…

Alors oui, c’est vrai, écrire en cursive demande un effort mais c’est un effort nécessaire et payant qu’il ne faut absolument pas mépriser sous prétexte qu’il s’agirait d’une invention humaine répondant à des codes sociaux et culturels acquis.

Et puis écrire, c’est aussi le début de la liberté...

One thought on “Faut-il encore apprendre à écrire ?

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